Interview : LU CONGHAO, l’artiste peintre devenu tatoueur

tatouage-lu-conghao

De passage sur Lyon, nous avons vu Lu Conghao, jeune tatoueur chinois de talent, dont le parcours est résolument atypique.

Conghao a émigré en France pour suivre une formation artistique à l’école Emile Cohl à Lyon avec une idée bien précise : perfectionner sa technique pour devenir artiste-peintre réaliste. Après 4 ans d’études dans l’école, c’est pourtant dans le milieu du tatouage qu’il a atterri.

Avec un grand sourire, Conghao, nous accueille très simplement chez lui car c’est son lieu de travail. Le bonhomme est visiblement détendu et nous emmène dans la pièce où il met en pratique ses talents. Ces derniers sont bien mis en évidence sur les murs, parés de quelques uns de ses travaux d’illustration réalistes. En face d’un meuble où il a disposé son matériel de tatouage trône un chevalet avec une énorme peinture : une reproduction très réussie d’un artiste chinois. « Je n’ai pas trop eu le temps de faire de la place. J’espère que ça ne vous dérange pas » dit-il.

Rencontre.


« Si tu sais dessiner, tu peux faire du tatouage »

Pencil Guru : Conghao, tu es devenu tatoueur après avoir été diplômé de l’école Emile Cohl qui est plutôt réputée pour l’illustration. Tu peux nous expliquer comment tu en es arrivé là ?

Conghao : Je voulais être artiste-peintre après Emile Cohl. J’avais déjà entamé des études dans ce sens à Moscou, aux Beaux Arts où j’avais étudié la peinture pendant 2 ans. Mais naturellement, c’est très compliqué de gagner sa vie avec cette profession. Et je me suis aussi rendu compte d’un truc : parfois, tu n’as tout simplement pas envie de vendre ! Quand je réussis vraiment un tableau, j’ai envie de le garder ! (rires). Du coup, je me suis demandé ce que je pouvais faire d’autre. Je me suis dit que j’aimais bien les trucs assez réalistes et c’est comme ça que j’ai pensé au tatouage : au final, c’est la même chose que du dessin traditionnel dans le sens où la machine est l’équivalent du crayon et la peau peut s’apparenter à du papier. Si tu sais dessiner, tu peux faire du tatouage, ce sont juste les mediums qui sont différents. Un autre avantage du tatouage, c’est que lorsque c’est réussi, à peu près tout le monde est prêt à l’admettre et trouve ça beau. Ce n’est forcément le cas pour une peinture où tu auras toujours des détracteurs.

PG : Tu as dû suivre une petite formation pour faire du tatouage en tant que professionnel. Tu peux nous en parler ?

conghao-tatouage-atelier
L’atelier de Conghao

C : Oui, je suis allé du côté de Paris pour ça. Je me suis inscrit à une formation d’un mois où on t’apprend tout ce qui est spécifique au job de tatoueur. On te montre comment  te servir du matériel et comment bien manier la machine. Il y a aussi un gros topo sur l’hygiène parce que c’est primordial dans ce métier.

PG : Et ensuite, tu as débuté ton activité. Mais tu ne fais pas que du tatouage pour gagner ta vie, je crois.

C : C’est ça. Je me suis mis à mon compte en tant qu’auto-entrepreneur et j’ai commencé à tatouer chez moi à Lyon (NDLR : son appartement est situé du côté de la gare Part-Dieu). Mais , comme tu dis, je ne fais pas que du tatouage. Je me sers aussi de ma formation de dessin pour bosser en parallèle et faire le lien entre des entreprises chinoises et françaises. Je fais des personnages et de décors. Du coup, comme je gagnais déjà un peu d’argent avec cette activité, j’ai pu commencer doucement avec le tatouage sans trop avoir à communiquer dessus. J’ai tatoué des amis, puis les  amis des amis, puis les amis des amis des amis. Il y a eu du bouche à oreille parce que les gens étaient satisfaits. Au début, je faisais environ 2 tatouages par mois. Maintenant, j’en fais 3 par semaine.  Je commence à accumuler les tatouages ! (NDLR : Conghao s’est même tatoué lui-même sur son avant-bras gauche)

« En Chine, on pense d’abord à ce qu’une activité artistique soit rentable »

PG : Ton activité est en plein expansion alors, c’est cool ! Tu n’as pas eu envie de rejoindre un salon de tatouage en tant qu’employé à un moment ?

C : Non, je voulais me lancer à mon compte car si j’avais décidé d’être employé d’un salon de tatouage, ça aurait été moins intéressant pour moi financièrement. J’avais déjà cette activité d’intermédiaire entre les entreprises chinoises et françaises, ce qui me donnait une source de revenus. J’avais juste besoin de compléter un peu avec une autre activité. Si j’avais été employé d’un salon, je n’aurais pu faire que ça, et j’aurais travaillé toute la journée à faire des tatouages.

PG : Par rapport à un salon de tatouage traditionnel, tu te situes comment niveau tarification ?

C : Je suis environ 30% moins cher que la plupart des salons professionnels. C’est l’avantage d’être à mon compte et de bosser chez moi. J’ai moins de charges et je n’ai pas à payer de loyer supplémentaire pour un local. Il y a des avantages.

PG : Bonne nouvelle pour tes futurs clients alors ! J’imagine que c’est aussi une raison de ton succès et que tu comptes continuer comme ça pendant un moment alors.

C : C’est tout à fait ça. Je compte encore rester à mon compte .

PG : Tu envisages un retour au pays à un moment donné?

C: Pas maintenant en tout cas. Je suis content d’être en France et j’aimerais y rester pour encore au moins 10 ans. J’aime bien l’état d’esprit qu’il y a par rapport aux professions artistiques.

PG : C’est à dire, tu trouves que ça te convient mieux qu’en Chine ?

C : C’est exactement ça. En Chine, tu as l’impression que les priorités ne sont pas les mêmes : on pense d’abord à ce qu’une activité artistique soit rentable avant n’importe quel autre aspect et ça se ressent parfois sur la qualité artistique. Il y a moins de focus sur la qualité technique. En France, tu as l’impression qu’on valorise beaucoup plus ce qui est beau.

PG : C’était une des raisons de ta venue en France ?

C : Oui. A Cohl, il y a cette mentalité : on met l’accent pour que tu fasses quelque chose de vraiment bien graphiquement. On te pousse dans ce sens. L’argent passe après. Je ne dis pas que ce n’est pas important qu’une activité artistique soit rentable, simplement que pour moi, la base de ce genre de choses, c’est d’abord la qualité.


Un aperçu de son travail

Vous aimez le contenu de notre site ?

Aidez-le à ce qu’il se fasse connaître en partageant cette page sur les réseaux sociaux (icônes ci-dessous)